Ce jour-là, l’orage gronda et l’Arre déborda …

La presse nationale, régionale, locale rendit compte de cet évènement catastrophique pour Le Vigan et les Cévennes. Grâce au télégraphe, dès le mardfi 23 septembre, la France entière était informée largement.

Ce ne fut pas le premier ni le dernier mais l’ampleur des dommages  causés par l’inondation qui en résulta, persista longtemps dans les mémoires.

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« Ce lundi 22 septembre 1890

Dans la nuit de samedi à dimanche, des torrents de pluie se sont abattus sur toute la région. Cette épouvantable catastrophe désole tout notre beau département du Gard et les départements limitrophes.

L’orage qui s’est abattu sur notre ville du Vigan a causé des désastres considérables qui sont évalués à plusieurs millions. Toutes les usines, fabriques, magasins et un grand nombre de maisons ont été envahis par les eaux. Plusieurs bâtiments se sont écroulés. Les routes et les rues sont ravinées. Toutes les récoltes sont perdues et quantité de bestiaux ont été noyés.

Dans la rue  du Pont, on mesurait plusieurs mètres d’eau. Un fermier, pour sauver son bétail, a du les faire monter au premier étage. Les caves et les magasins de plusieurs rues sont envahis et les marchandies sont perdues.

L’usine Lacroix a été aussi envahie et les chevaux ont été entraînés par le courant. Les habitants ont dû se réfugier au deuxième étage pour se mettre à l’abri.

L’Arre a atteint jusqu’à huit mètres au dessus de son lit ordinaire. Dans la commune d’Avèze, trois ponts ont été enlevés. L’usine de M.Capion, industriel, et la filature de M.Laporte ont été inondées : portes, murs, matériel, marchandises jonchent le sol. Le spectacle est navrant.

Les moindres petits ruisseaux qui prennent, dans les Cévennes  leur source généralement târie, sont devenus autant de torrents impétueux qui causent aux riverains les plus grands dommages.

L’Arre a téllement grossi que, arrivée dans le village du Pont-de-l’Hérault, elle a entraîné tout ce qui était sur son passage. Plusieurs maisons se sont écroulées. Les récoltes sont totalement perdues.

Les travaux du chemin de fer d’Aumessas ainsi que le pont de service et la voie sont détruits.  Une maisonnette, dans laquelle se trouvaient une femme et un enfant de trois ans, a été emportée. La mère a pu se sauver mais l’enfant a disparu dans les eaux. Les ravages sont terribles.

180 moutons surpris dans une ferme par l’inondation ont été asphyxiés et emportés par les eaux. Entraînés par le courant, ils ont été arrêtés par les arbres. Une cinquantaine étaient restés suspendus dans un bouquet d’arbres après le retrait des eaux. Un détachement du 55è de ligne a été envoyé d’Alais pour enterrer tous ces cadvres d’animaux.

Le ministre des travaux publics vient d’envoyer, dans les régions atteintes par l’inondation, deux inspecteurs généraux des ponts et chaussées, MM. Arnoux et Boulé, chargés de prendre les dispositions qu’ils jugeraient nécessaires pour atténuer les ravages  dans la mesure du possible.

Le président du conseil s’est occupé aussi des secours à envoyer d’urgence aux victimes des inondations quis sévissent en ce moment dans le midi de la France.

Le conseil de cabinet, qui sera tenu demain matin, examinera s’il ne doit pas demander, en l’absence des Chambres,  au conseil d’Etat les crédits suffisants  pour faire face aux premiers secours.

Le Vigan, le 3 octobre

M. Yves Guyot, parti ce matin,à six heures de Nîmes, a traversé la vallée de l’ Hérault sans s’arrêter et est arrivé au Vigan à neuf heures et demie.

Un grand nombre de maires attendaient le ministre pour lui exposer les pertes subies par leurs communes respectives.

Le ministre des travaux publics a remonté le cours de l’Arre et a visité plusieurs communes dont les ponts ont été enlevés. Quelques usines ont été atteintes par les eaux mais aucun bâtiment n’a été emporté.

M. Yves Guyot quittera le Vigan à midi pour se rendre dans la vallée d’Anduze. »

 

2 Commentaires

  1. je regrette mais l’épisode qui a touché le vigan n’a rien à voir avec une crue comme celle décrite en 1890 ci-dessus. La Localisation de l’épisode pluvieux sur le pourtour de la vallée de l’Hérault, qui a frappé Val d’Aigoual avec l’intensité dramatique que l’on sait est par contre à qualifier d’exceptionnel. L’Arre en revanche même si elle est bien montée n’a pas atteint un niveau critique. Les ruissellements qui frappent régulièrement le Vigan et abiment la voirie sont plus dévastateurs et malheureusement liés à des causes beaucoup plus urbanistiques.
    Maintenant au vu de cette publication de 1890 on peut penser que les épisodes méditerranéens et cévenols lorsque ils frappent les cévennes n’ont rien à voir avec le dérèglement climatique dont on parle si souvent un peu à tort et à travers. 1958, 1982, 1994, 2002 sont des dates de belles crues d’automnes et on se souvient d’ailleurs des « gardonades » en 1958 et l’inondation de l’Arre à cette date ( https://www.midilibre.fr/2018/09/28/gard-revivez-les-inondations-de-1958-en-images-lepisode-cevenol-le-plus-meurtrier-du-xxe-siecle,4710622.php ) et plus tard à Nîmes rappelez vous du 3 octobre 1988 la furie du Cadéreau https://www.youtube.com/watch?v=jc1H7d-ksWg
    En conclusion si il y a un dérèglement climatique à démontrer, il faudra plutôt allez chercher dans la fréquence de ces épisodes plutôt que dans leur intensité.

  2. AVEC CORRECTION DE FAUTES…
    Super la lecture de cet article remontant à 1890 ! Hélas la redite de 2020 nous laisse craindre qu’avec le dérèglement climatique, les dégâts dus aux pluies cévenoles ne s’accentuent. Quant à moi, je recherchais la date de l’écroulement de la route entre Bez et Le Vigan et l’obligation où nous étions de prendre l’ancienne voie ferrée pour contourner l’écroulement. Toujours à cause de la force des pluies. Savez vous quand cela a-t-il eu lieu ? Je pensais autour de 1998. Le savez vous ??? Merci

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